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Les obstacles systémiques
Les médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis (dhceu) sont confrontés à un processus comportant des obstacles qui les désavantagent de façon disproportionnée et qui contribuent à leur exclusion des quatre facultés de médecine – Université de Montréal, Université Laval, Université de Sherbrooke et Université McGill.
En 2007, un (l) processus d’admission administré par les universités prévoyait d’abord une présélection sur dossier dans le but d’identifier les candidats convoqués à une entrevue. Cette entrevue avait lieu avec un comité de sélection qui dressait ensuite la liste des candidatures sélectionnées en fonction de leur rang. Un premier tour de jumelage entre les universités était effectué à partir de cette liste, tenant compte du classement des candidats et de leur choix de programme. Éventuellement, un deuxième tour, et parfois un troisième tour, permettait de combler les postes qui ne l’auraient pas été dès le premier tour.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse reconnaît que les universités disposent d’une large discrétion dans la détermination des critères d’admission au programme de formation postdoctorale en médecine. Cependant, cette discrétion doit être exercée sans discrimination et ce, à toutes les étapes du processus.
1. Le critère de l’éloignement de la pratique ou des études
L’éloignement de la pratique ou des études est un critère déterminant dans la sélection menant à la formation postdoctorale en médecine et ce, pour les quatre facultés de médecine du Québec.
Bien que l’on ait affirmé que ce critère s’applique autant aux médecins possédant un diplôme décerné par une faculté de médecine du Québec qu’aux médecins dhceu, il est apparu que son application, de même que son impact éliminatoire, ne pouvait qu’affecter les médecins dhceu. Il faut en effet tenir compte de la durée du processus d’immigration et du délai inhérent à l’obtention de l’équivalence du Collège des médecins du Québec (CMQ), période pendant laquelle ces derniers ne détiennent pas de permis d’exercice et n’ont pas de contact significatif avec la pratique médicale.
Ainsi, l’analyse des données obtenues pour la cohorte 2007 témoigne, chez les médecins dhceu, d’un éloignement moyen de la pratique et des études d’environ quatre ans, alors que cela constitue une situation exceptionnelle pour leurs collègue diplômés au Québec.
L’application d’un tel critère, sans autre considération, est de nature à écarter de manière disproportionnée la candidature des médecins dhceu à la formation postdoctorale en médecine.
2. L’inculturation et la connaissance de la pratique médicale au Québec
La connaissance du système de santé au Québec et de son fonctionnement fait également partie des éléments pris en considération dans le cadre du processus de sélection des résidents.
La connaissance de la pratique médicale au Québec peut s’avérer pertinente dans le contexte d’un tel processus mais les informations recueillies indiquent que la prise en compte de cet aspect des choses, de même que les attentes qui en découlent pour les directeurs de programme, sont de nature à désavantager les médecins dhceu comparativement aux médecins diplômés au Québec. En effet, ces derniers ont pu, durant leur programme de doctorat en médecine, se familiariser avec le fonctionnement du système de santé québécois, alors que les premiers n’ont pas encore pu accéder à la pratique médicale au Québec.
3. Les réserves exprimées face aux candidatures des médecins dhceu
Les représentants des universités ont fait état des difficultés que pose, dans le cas des médecins dhceu, l’évaluation de plusieurs aspects du dossier de candidature, notamment en ce qui concerne les informations relatives à une pratique antérieure, en contexte autre que québécois. Ces difficultés, de l’avis des représentants des universités, rendent problématique la comparaison des candidatures, que ce soit entre les médecins dhceu et les médecins diplômés au Québec ou même d’un médecin dhceu à un autre, en raison des disparités existant entre les facultés de médecine hors Québec. Une telle situation, si elle n’est pas résolue, ne peut que désavantager les médecins dhceu lors du processus de sélection.
Les représentants des universités ont aussi fait valoir que les candidatures des médecins dhceu soulevaient des appréhensions quant à leur capacité de réussir la formation postdoctorale en médecine. De telles appréhensions ont été évoquées malgré le fait que les médecins dhceu candidats à la formation postdoctorale ont tous obtenu une reconnaissance formelle de l’équivalence de leur diplôme, en vertu du Règlement sur les conditions et modalités de délivrance du permis et des certificats de spécialiste du Collège des médecins du Québec (CMQ).
Il faut souligner que l’équivalence décernée par le CMQ, sur la base de normes sérieuses et prudentes, établit de façon incontournable que « le diplôme délivré par un établissement situé hors du Québec atteste que le niveau de connaissances et d’expérience clinique du candidat qui est titulaire de ce diplôme équivaut à celui d’une personne qui est titulaire d’un diplôme de médecine ». La valeur de cette reconnaissance, pourtant formelle, est mise en doute dans le cadre du processus de sélection des universités.
Les appréhensions relatives à la capacité de réussite des médecins dhceu ont amené les universités, en 2007, à imposer une limitation au nombre de places attribuées à ces derniers dans le cadre du programme de formation postdoctorale en médecine de famille, parce qu’elles auraient eu besoin de ressources pédagogiques additionnelles pour les accompagner.
La Commission a procédé à l’examen des données fournies par les universités concernant la durée moyenne de la formation postdoctorale en médecine ainsi que le nombre d’échec, d’abandon et d’exclusion pendant la durée du programme dans le but de comparer la situation des médecins dhceu à celle de leurs collègues diplômés au Québec.
L’analyse de ces données n’a pas permis, pour des raisons méthodologiques liées, entre autres, à l’impossibilité d’effectuer une généralisation en raison du trop faible nombre de médecins dhceu ainsi qu’à l’absence d’informations de nature qualitative, de valider ces appréhensions.
4. Des critères de sélection et outils d’évaluation non validés
Le processus d’admission des candidats de la cohorte 2007, les critères de sélection applicables, la pondération allouée à ces critères de même que les outils d’évaluation conçus et utilisés à cette fin ont été examinés dans le cadre de l’enquête et ce, pour chacun des programmes de l’échantillonnage retenu (médecine de famille, la médecine interne, la psychiatrie, la radio-oncologie, l’anatomopathologie et l’anesthésiologie).
Les outils d’évaluation n’ont pas été standardisés dans l’ensemble de ces programmes. Plus particulièrement, en médecine de famille, on a relevé que malgré la mise en place d’un processus de sélection commun pour les universités francophones, la même réponse d’un candidat peut se voir attribuer des valeurs différentes d’une université à l’autre et même d’un évaluateur à l’autre.
On a également relevé que, dans les guides d’entrevues destinés aux évaluateurs, certaines questions suggérées concernant les items à évaluer étaient différentes pour les médecins dhceu et les médecins possédant un diplôme décerné par une faculté de médecine du Québec. Il est aussi apparu que la formulation de certaines de ces questions traduisait une perception négative à l’endroit des médecins dhceu, notamment quant à leur capacité de réussite.
L’enquête a permis de constater que si les représentants des universités affirment pour leur part ne pas pénaliser les médecins dhceu lorsque ces derniers ne peuvent produire à l’appui de leur candidature les mêmes documents que les médecins diplômés au Québec, aucun pointage équivalent ne leur est toutefois accordé pour pallier la différence.
L’absence de validation de tels critères et outils laisse place à la subjectivité et aux préjugés, souvent inconscients, ce qui a pour effet d’écarter les candidatures des médecins dhceu et le fait de ne pas tenir compte de ce cheminement différent et des particularités qui en découlent désavantagent les médecins dhceu et contribuent à leur exclusion.
5. Une information inégale quant aux programmes et au processus d’admission
En ce qui concerne la cohorte 2007, l’enquête a démontré qu’au moment de faire leur demande d’admission en résidence, les médecins dhceu disposaient d’une information moindre que celle dont bénéficiaient les médecins possédant un diplôme décerné par une faculté de médecine du Québec. Ces derniers avaient été invités quelques mois avant leur inscription à des séances d’information organisées par les facultés de médecine, alors que les premiers n’avaient à leur disposition que les informations disponibles sur les sites Internet des universités et du CaRMS (Canadian Resident Matching Service) qui administre le processus d'entrée en 1ère année de formation postdoctorale.
Quant au processus d’admission comme tel, il ressort que certaines informations essentielles n’ont pas été portées à l’attention des médecins formés à l’étranger, notamment l’importance accordée au critère de l’éloignement de la pratique ou des études de même que la prise en compte de critères particuliers, tel le résultat obtenu à l’examen CMC 1 dans le cas d’un programme de formation postdoctorale en psychiatrie.
Ils devaient d’ailleurs s’adresser à une multitude d’interlocuteurs pour obtenir les renseignements nécessaires, chacun d’entre eux ne fournissant que l’information spécifique à l’institution qu’il représente, sans vraiment présenter aux candidats une perspective globale du processus.
Selon la Commission, une telle situation est de nature à désavantager les médecins dhceu au niveau de leur compréhension du processus menant à la formation postdoctorale en médecine, et ce, comparativement aux médecins possédant un diplôme décerné par une faculté de médecine du Québec.
6. L’absence de mesures de soutien adéquates
La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) a reconnu publiquement que les médecins dhceu étaient désavantagés au niveau de la formation postdoctorale en médecine. Dans le cadre de l’enquête menée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le président de la FMRQ a fait savoir qu’année après année, les médecins formés à l’étranger qui entreprennent une formation postdoctorale en médecine au Québec « doivent apprivoiser, en un temps record, la culture médicale québécoise […] en plus d’être soumis à une pression inhumaine liée à un système de santé surchargé, […] doivent performer, sans préparation aucune, en concurrence avec leurs collègues, qui ont obtenu un diplôme de médecine au Québec et qui maîtrisent les rouages de notre système de santé », pour conclure qu’une telle situation créait « un déséquilibre qui est au désavantage des dhceu ».
Les représentants des universités ont déclaré être conscients que les médecins dhceu avaient besoin d’un encadrement particulier pendant les premiers mois de leur résidence. Un encadrement d’une durée de six ou 18 mois a été évoqué. Certains ont déploré l’absence de « formation d’immersion », soulignant que le système ontarien avantageait les médecins dhceu en prévoyant pour eux des places réservées et en leur offrant une certaine aide. D’autres ont mentionné que le fait de les accueillir comme observateurs dans les hôpitaux pourrait leur permettre de garder contact avec la pratique médicale lorsqu’ils se retrouvent en démarche d’immigration et en processus de reconnaissance de leur diplôme.
Bien que certaines initiatives aient été mises en place, les médecins dhceu ne bénéficient toujours pas de mesures de soutien adéquates de manière à favoriser leur réussite lors du programme de formation postdoctorale en médecine au Québec. La mise en place de telles mesures de permettrait de pallier les écueils qui désavantagent les médecins dhceu dans leur cheminement.
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